Pêche de la daurade rose

Publié le vendredi 18 janvier 2019 par Stéphane Charles
  • Technique de pêche

Appâts associés à cet article:

 

 

Connaître la dorade rose

 

Nom scientifique : Pagellus bogaravero

Famille : Sparidés (sparidae)

Noms communs : Dorade rose, pageot rose, beaux yeux, gros yeux, borabo

 

La daurade rose est un sparidé dont la taille moyenne est de 40 à 50 cm mais qui peut atteindre 70 cm pour plus de 4 kg. Cette espèce peut vivre jusqu’à l’âge honorable de 30 ans – car comme beaucoup de poissons de grands fonds, sa croissance est assez lente. Elle est reconnaissable par ses grands yeux qui lui ont valu le surnom de « beaux yeux » ou « gros yeux ». Il est à noter que cet œil de grande taille est d’une teinte jaune-orangée caractéristique. Elle possède également un front busqué et arrondi ainsi qu’une bouche plutôt petite. On le distinguera d’autres sparidés benthiques ayant la même robe rosâtre par la tâche noire située à la base de sa ligne latérale, - juste derrière l’ouïe. Il est à noter que ce poisson présente un corps assez élancé pour un sparidé.

 

Le saviez-vous ?

L’appellation « beaux yeux » ou gros yeux typiquement utilisé pour ce poisson est source de confusion car ce terme est également employé pour le pageot acarné. En fait, il ne devrait être utilisé que pour la daurade rose (Pagellus bogaravero). On la surnomme également pageot rose mais encore ici, cette appellation peut évoquer pour beaucoup le pageot commun (Pagellus erythrinus) ou même le pageot acarné (Pagellus acarne). On préférera donc le nom de dorade rose qui ne crée aucune confusion.

 

La dorade rose est un poisson grégaire qui vit en bancs parfois très importants avec une forte densité d’individus. Cette espèce se retrouve à des profondeurs bien plus importantes que celles où évoluent les autres sparidés. Elle peut ainsi vivre jusqu’à plus de 700 m de profondeur. On peut le trouver à proximité des côtes dans de faibles fonds mais il s’agit généralement de juvéniles. Les plus gros sujets pouvant atteindre jusqu’à 4 kg se trouvent généralement dans des profondeurs supérieures à 100 à 150 m. On la trouve aussi bien sur des substrats sablo-vaseux que des fonds coralligènes ou encore des plateaux rocheux.

 

 

A ne pas confondre !

 

La dorade rose est reconnaissable par la tâche noire derrière son ouïe

 

Les différentes appellations de ce poisson montrent bien qu’il est fréquemment confondu par les pêcheurs avec d’autres sparidés à la robe rosâtre. Ainsi, on le confond souvent avec le pageot acarné ou encore le pageot commun. Afin d’éviter toute confusion, sachez que la daurade rose (Pagellus bogaravero) possède une tâche noire distinctive derrière l’ouïe au niveau de l’œil. Elle se situe à la base de la ligne latérale qui est nettement marquée.

 

On peut identifier le pageot acarné par la tâche noire située à la base de sa nageoire pectorale

 

Le pageot acarné (Pagellus acarne) dispose de son côté d’une tâche noire qui se situe au niveau de la nageoire pectorale. Il est également plus petit puisqu’il ne dépasse que rarement les 35 cm.

 

On reconnait le pageot par la tâche rouge sur son ouïe

 

Le pageot commun (Pagellus erythrinus) est reconnaissable par la tâche rouge sang située sur le bord externe supérieur de son opercule (l’ouïe). La daurade rose peut également être confondu avec le pagre commun (pagrus pagrus) mais ce dernier est facilement identifiable par les bandes transversales sur son corps et les pointes de sa nageoire caudale qui sont blanches.

 

Réglementation :

 

Selon l’arrêté du 29 janvier 2013, la taille minimale de capture de la daurade rose est de 33 cm. De même, selon l’arrêté du 17 mai 2011, chaque prise devra « faire l’objet d’un marquage ». Ce marquage consiste en l’ablation de la partie inférieure de la nageoire caudale. »

Jean-Pierre Caginicolau en combat avec une belle dorade rose !

 

 

La pêche de la daurade rose

 

A proximité des côtes, les dorades roses sont souvent petites et doivent être relâchées

 

Ainsi que nous vous l’avons mentionné, les individus pêchés à proximité des côtes dans des fonds peu importants sont généralement des juvéniles. Que ce soit du bord ou en bateau, ces poissons peu âgés atteignent rarement la taille minimale de capture qui est de 33 cm. De même, la présence de beaucoup d’autres espèces à proximité des côtes – y compris d’autres sparidés - rend sa pêche aléatoire. Il est en effet impossible de dire qu’on va pêcher uniquement la daurade rose dans de telles profondeurs et sa capture est le plus souvent occasionnelle.

 

Pour les pêches les plus profondes au-delà de 200 m, il sera nécessaire d’utiliser un moulinet électrique

 

Pour une pêche plus spécifique de la daurade rose, il sera nécessaire de la rechercher plus profondément. Certains pratiquent cette pêche avec succès dans des fonds très importants situés entre 200 et 500 m de profondeur. Vous noterez d’ailleurs que la taille moyenne des prises a tendance à augmenter à mesure que vous pêchez plus profondément. Cette technique nécessitera toutefois un moulinet électrique ainsi que des montages forts.

 

Le guide Fabien Harbers en train de faire de la pêche profonde avec un moulinet électrique Kristal Fishing

 

En effet, les plombs utilisés pour atteindre de telles profondeurs peuvent dépasser 1 à 3 kg (voire plus !) et leur récupération sur d’aussi grandes distances avec un moulinet classique serait éreintante. Il faut également considérer le fait de rajouter les prises multiples de poissons de plusieurs kilos combattant au bout de la ligne, rendant l’utilisation d’une aide électrique indispensable. Une pêche plus sportive avec un ensemble canne moulinet classique est néanmoins possible dans des fonds moins importants.

 

Doublé de dorades roses sur le montage

 

Ainsi, en Méditerranée, il est possible de pêcher sportivement à la canne de belles daurades roses à partir de 80/100 m de fonds et jusqu’à plus de 150 m. En Atlantique, les beaux sujets pourront être trouvés dans des profondeurs un peu moins importantes (à partir de 50/60 m) mais il sera nécessaire d’aller très au large à plusieurs kilomètres de côtes pour atteindre de telles profondeurs. Si les plus beaux spécimens se trouvent généralement dans des fonds dépassant les 200 m, il est pourtant possible de les trouver dans des profondeurs accessibles à un ensemble canne / moulinet classique. C’est ainsi le cas sur des têtes de roche ou des montagnes sous-marine se surélevant de fonds importants. Un sommet à 120/150 m avec un environnement immédiat atteignant plus de 300 m de profondeur est ainsi parfait pour la recherche de ce sparidé. C’est également le cas sur les plateaux rocheux nommés « secs » présentant des fonds de moins de 150 m alors que la profondeur moyenne alentour dépasse 200 à 300 m.

 

Le haut de cette falaise sous-marine constitue un excellent spot à dorades roses

 

Il y a également l’excellente solution de pêcher le début d’un tombant marqué après un plateau. En effet, les belles daurades roses n’hésitent pas à remonter ce type de falaise sous-marine des abysses où elles vivent pour s’alimenter. Un plateau à 100 m de fond suivi par une forte déclivité jusqu’à parfois plus de 400 m de profondeur sera ainsi un secteur très propice. Le début de la falaise entre 120 et 150 m sera alors une zone très intéressante à prospecter. Cette pêche s’effectuera généralement au mouillage car les dérives sont souvent rapides au large et les courants y sont puissants. Il faudra d’excellentes conditions pour envisager de pêcher en dérive dans de telles profondeurs.

 

 

Le matériel

 

Jean-Pierre Caginicolau en combat avec un ensemble fort destiné aux pêches profondes

 

Une canne pouvant soutenir jusqu’à plus de 300 g sera alors conseillée. Nous vous recommandons l’utilisation d’un moulinet de taille 4000 à 5000 ayant une grande vitesse de récupération. De telles tailles sont nécessaires pour pouvoir récupérer des plombées aussi lourdes ainsi que des prises pouvant atteindre plusieurs kilos durant plusieurs heures sans endommager la mécanique.

 

Tresse 8 braid Evo Trounament Daiwa

 

L’utilisation de tresse est indispensable dans ces pêches profondes. Ce type de ligne offre un rapport diamètre / résistance impressionnant qui permet de pêcher très fin et donc de mieux fendre les courants. Vous restez ainsi plus facilement à la verticale avec des plombées moins lourdes. La tresse offre également l’avantage de ne pas avoir d’élasticité et vous permet donc de ressentir parfaitement les touches, même à grandes distances. Nous vous recommandons néanmoins d’intercaler 5/6 m de fluorocarbone avant votre montage pour plus de discrétion et de résistance à l’abrasion face aux roches.

 

 

Les montages pour la pêche de la dorade rose

 

Pendant que Jean-Pierre prenait ce sébaste, le pêcheur derrière lui a touché de la dorade rose…

…et alors qu’il va poser pour la photo, Maurice est déjà en combat avec une dorade rose – preuve que cette pêche peut être très productive !

 

Le fait de pêcher dans ces profondeurs assez importantes vous donne plus de chances de toucher de la belle dorade rose que dans des zones côtières.

 

Joli doublé de dorades roses sur le « montage pêche profonde tout-venant » de Jean-Pierre Caginicolau !

 

En pêchant la daurade rose, il est fréquent de toucher du pageot acarné

 

Néanmoins, celle-ci sera pêchée en même temps que d’autres espèces telles que les sébastes, les merlus, les chapons, etc. Il sera aussi fréquent de toucher également d’autres sparidés lui ressemblant tels que des pageots communs, des pageots acarnés ou encore des pagres.

 

Montage pêche profonde tout-venant de Jean-Pierre Caginicolau

 

Les montages pêches profondes du célèbre compétiteur Jean-Pierre Caginicolau seront ainsi parfaits pour la recherche de ce sparidé avec d’autres espèces. Le choix du montage dépendra autant des profondeurs pêchées, des conditions que de la grosseur des poissons touchés. Ainsi, ancré ou avec peu de dérive, en présence de poissons de taille moyenne et dans des fonds pas trop importants (80 à 100 /120 m), le « montage pêche profonde tout-venant » conviendra parfaitement pour toucher des dorades roses mais également des sébastes, des pageots, des merlus, etc.

 

Montage pêche profonde de beaux poissons de Jean-Pierre Caginicolau

 

Dans des fonds un peu plus importants (100 à 150 m) et avec une dérive un peu plus soutenue ou en présence de courants plus puissants, un montage avec un corps de ligne et des empiles de plus forts diamètres sera préconisé afin de limiter les emmêlements. Nous vous conseillons dans ces conditions le « montage pêche profonde de beaux poissons » conçu lui aussi par Jean-Pierre Caginicolau. Il sera également vivement recommandé en présence de dorades roses de bon poids.

 

Grosse dorade rose prise par Maurice avec le « montage pêche profonde de beaux poissons » de Jean-Pierre Caginicolau !

 

Cette espèce vivant en bancs importants et très denses, il n’est en effet pas rare de faire des doublés – voire des triplés. Comme tous les sparidés, la dorade rose offre un combat puissant avec de violents coups de tête. Et avoir trois dorades roses de belle taille sur le même montage peut sérieusement endommager des empiles qui seraient trop fines. Avec des spécimens dépassant les 2 à 3 kg, les risques de casses seraient également trop importants.

 

Triplé ! Deux dorades roses et un pageot acarné pris sur le même montage par Jean-Pierre Caginicolau

 

Il est à noter que ce constat est également valable lorsque la zone possède de beaux chapons, des pagres, des raies, des gros merlus, etc. Avec des empiles de 40/100 – voire même de 45/100, vous avez ainsi l’assurance de pouvoir combattre ces beaux poissons et même d’en prendre plusieurs sur le même montage. Pour information, notre team monte même jusqu’à du 50/100 dans les zones riches en pagres et en grosses dorades roses.

 

Fluorocarbone Shock Leader Seabass Varivas

 

Les micro perles placées en butée sur la perle clipot lui assure une bien meilleure rotation multidirectionnelle

Micro perles cristal Delalande

 

Le point commun de ces deux montages est que les empiles sont maintenues sur le bas de ligne par des perles clipots (ou roto-perles) auxquelles sont associées des micro-perles. Tout comme des roulements à billes, les micro-perles apportent une bien meilleure rotation multidirectionnelle des empiles et limitent ainsi considérablement les risques de vrillages et d’emmêlements fréquemment rencontrés dans de telles profondeurs.

 

Hameçon 3310 F Gamakatsu

 

La daurade rose ayant une gueule assez petite proportionnellement à son corps, nous vous recommandons néanmoins d’utiliser des hameçons ne dépassant pas les 2/0. Avec des poissons de taille moyenne (supérieure toutefois à la taille légale de 33 cm !), des hameçons de 2 à 1 seront parfaits. Par expérience, un hameçon 1 à 1/0 constitue un bon compromis pour la pêche spécifique de la daurade rose tout en permettant dans le même temps de pouvoir ferrer convenablement d’autres espèces à la gueule plus large telles que des pagres, de gros pageots communs, des chapons, etc. Ce n’est que dans le cas où vous constatez que les appâts sont trop fréquemment volés sans pouvoir ferrer les poissons qu’il conviendra de descendre en taille d’hameçon.

 

En pêchant la dorade rose il n’est pas rare de toucher d’autres espèces comme les sébastes

 

 

Les appâts

 

  • BIBIS :

Bibis Normandie Appâts

  • RAG :

Rags Normandie Appâts

 

Jean-Pierre Caginicolau en train d’escher des bibis à l’aiguille pour la pêche de la dorade rose

 

Comme tous les sparidés, les annélides (vers) sont une des bases alimentaires des dorades roses. Cette espèce apprécie particulièrement les vers charnus tels que les bibis, rags, les beaux vers américains ou encore les jumbos.

 

 Les languettes de calamars coupées en forme de feuille sont d’excellents appâts pour la dorade rose !

Une empile eschée d’un bibi et une autre avec une languette de calamar frais : un menu panaché idéal pour la dorade rose !

 

A l’instar de tous les poissons de grands fonds, la dorade rose est opportuniste et n’hésite pas non plus à s’attaquer à des petits poissons ou encore des céphalopodes. Ainsi, il sera intéressant d’utiliser des tronçons de sardine (une demi ou un tiers) ou encore des morceaux de céphalopodes. Un calamar fraîchement pêché est un excellent appât lorsque le manteau est découpé en languettes en forme de feuille afin qu’il ondule dans le courant. Les tentacules pourront même être eschées à l’aiguille comme vous le feriez avec des vers.

 

D’Elastic : élastique à ligaturer Daiwa

Elastique à ligaturer Flashmer

 

Nous vous recommandons néanmoins de ligaturer ces morceaux afin qu’ils tiennent à l’hameçon en présence des petits poissons indésirables et face aux puissants courants de grands fonds.

 

La gambas doit être bien ligaturée sur l’hameçon avec du fil élastique fin pour une bonne tenue

 

Un autre appât s’avère très intéressant pour la daurade rose : la gambas. Comme tous les sparidés, ce poisson apprécie particulièrement ce crustacé. Ici encore, il faudra prendre soin de bien l’entourer avec du fil élastique à ligaturer fin car ses chairs sont fragiles. Bien « ficelé », il sera assez résistant pour attendre une belle dorade rose.

 

 

Une pêche productive mais responsable

 

Encore un doublé de dorades roses aux bibis pour Jean-Pierre !

 

Comme vous le montre ces photos, la pêche de la dorade rose peut être très productive et il est fréquent de prendre deux ou trois de ces magnifiques sparidés sur le même montage. Pour l’anecdote, il n’était pas rare cette année que deux ou trois membres du team Normandie Appâts fassent des doublés de ces poissons en même temps ! Toutefois, il faut savoir que la daurade rose a été fortement impactée par la pêche professionnelle et qu’elle est même devenue rare dans certaines zones. On estime par exemple que les stocks du golfe de Gascogne sont épuisés. De même, comme beaucoup de poissons de grands fonds, son taux de croissance est assez lent. Ainsi, il faut plus de 5 ans pour qu’elle atteigne 33 cm – soit sa taille légale de capture. Par de telles profondeurs, les poissons ayant subi un barotraumatisme lors de la remontée, leur relâche dans de bonnes conditions est généralement impossible. Le pêcheur responsable aura donc à cœur de limiter ses prélèvements à la seule consommation familiale par respect pour la ressource.

 

Comme d’habitude, Maurice fait le plus gros poisson de la sortie avec cette très belle dorade rose !